Lexique · Comptabilité & finance

Marge brute, taux de marge, taux de marque : ne plus confondre

6 min de lecture · Mis à jour le 03 juillet 2026
Définition La marge brute est la différence entre le prix de vente et le coût d'achat (ou de production) des biens ou services vendus. Elle se décline en deux ratios que tout le monde confond : le taux de marge (marge / coût d'achat) et le taux de marque (marge / prix de vente). Confondre les deux fait prendre de mauvaises décisions de prix — dans le mauvais sens.
La fiche complète
L'essentiel en bref
  • Marge brute = Prix de vente HT − Coût d'achat HT (ou coût de production).
  • Taux de marge = Marge / Coût d'achat ; Taux de marque = Marge / Prix de vente. Deux ratios, deux résultats différents.
  • Le piège : « je marge à 50 % » — 50 % de marge (coef 1,5) ou 50 % de marque (coef 2) ? L'écart est énorme.
  • Coefficient multiplicateur : Prix de vente = Coût × coef. Un coef de 2 = 100 % de marge = 50 % de marque.
  • La marge brute finance tout le reste : salaires, loyer, marketing. Un point de marge gagné va intégralement au résultat.
I Les formules

Les formules, une fois pour toutes

Sur un produit acheté 60 € HT et revendu 100 € HT :

 Marge brute        = 100 − 60          = 40 €
 Taux de marge      = 40 / 60           ≈ 66,7 %   (base coût)
 Taux de marque     = 40 / 100          = 40 %     (base prix de vente)
 Coefficient        = 100 / 60          ≈ 1,67

Le tableau de correspondance à garder sous la main :

CoefficientTaux de margeTaux de marque
1,2525 %20 %
1,550 %33 %
2100 %50 %
2,5150 %60 %
3200 %66,7 %

Pourquoi cette confusion coûte cher : un commerçant qui veut « 50 % de marge » et applique un coefficient de 1,5 obtient en réalité 33 % de marque. S'il raisonnait en marque (comme sa comptabilité), il lui fallait un coefficient de 2. Sur un catalogue entier, l'erreur représente des points de rentabilité entiers — souvent découverts au bilan, un an trop tard.

Convention à fixer dans l'entreprise : la grande distribution et le négoce parlent en taux de marque (base prix de vente, cohérente avec le compte de résultat) ; les artisans et beaucoup de TPE parlent en taux de marge (base coût, intuitive pour « ce que je gagne sur ce que j'ai payé »). Peu importe la convention choisie — mais écrivez-la, et bannissez le mot « marge » sans préciser la base.

💡
Règle d'or
Réflexe anti-confusion : le taux de marque ne peut jamais dépasser 100 % ; le taux de marge peut. Si quelqu'un annonce « 150 % de marge », il parle forcément base coût — coefficient 2,5.
II Le pilotage

Piloter sa marge brute : benchmarks et angles morts

Ordres de grandeur par secteur (taux de marque) :

  • Négoce B2B : 15-35 %
  • Restauration : 65-75 % (sur les coûts matière — le reste part en personnel et loyer)
  • E-commerce : 40-60 % selon le positionnement
  • Services / conseil : 60-85 % (le « coût d'achat » est le coût de production des consultants)
  • Grande distribution alimentaire : 20-30 %

Ces chiffres n'ont de sens qu'en face de la structure de charges : la restauration marge fort en matière parce que le personnel absorbe 35-45 % du CA derrière.

Les angles morts classiques en PME :

  1. La marge par produit vs la marge moyenne : une marge globale correcte cache presque toujours 20 % de références vendues à perte (frais de port réels, remises cumulées, temps passé non compté). L'analyse par référence/mission une fois par trimestre est le meilleur investissement de pilotage qui soit.
  2. Le coût d'achat incomplet : transport, douane, emballage, casse et démarque doivent entrer dans le coût — sinon la marge affichée est une fiction. En stock, la méthode CUMP (fiche dédiée) donne le coût de revient correct quand les prix d'achat fluctuent.
  3. La marge des services jamais calculée : « on ne produit rien, on n'a pas de marge » — si : votre coût de production, c'est le salaire chargé × temps passé. Une mission facturée 10 k€ qui consomme 14 jours d'un profil à 500 €/jour chargé marge à 30 %, pas à 100 %.
1 pt
de marge gagné = 1 point de résultat net (à charges constantes)
20 %
des références vendues à perte dans un catalogue non analysé (ordre de grandeur constaté)
1×/trim
la bonne fréquence d'analyse de marge par produit ou mission

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III Questions fréquentes

Les réponses aux questions qu'on nous pose le plus.

Quelle différence entre marge brute et marge nette ?

La marge brute ne déduit que le coût d'achat ou de production des biens/services vendus. La marge nette (ou taux de résultat net) déduit TOUTES les charges : salaires, loyers, marketing, amortissements, impôts. Une entreprise peut avoir 60 % de marge brute et 3 % de marge nette — c'est même le profil type d'une PME de services. Entre les deux, l'EBE (fiche dédiée) donne la lecture intermédiaire la plus utile : la rentabilité opérationnelle avant financement et amortissements.

Comment calculer la marge sur coûts variables et le seuil de rentabilité ?

La marge sur coûts variables = CA − charges variables (achats, commissions, transport…). Elle sert à calculer le seuil de rentabilité : charges fixes / taux de marge sur coûts variables. Exemple : 200 k€ de charges fixes et une marge sur coûts variables de 40 % → il faut 500 k€ de CA pour atteindre l'équilibre. C'est LE calcul à refaire à chaque évolution de structure (embauche, nouveau local) : il traduit une décision de charges fixes en objectif de CA concret.

Faut-il augmenter ses prix ou ses volumes pour gagner de la marge ?

À l'euro près, le prix gagne presque toujours : +5 % de prix sur une marque de 40 % augmente la marge de 12,5 % ; il faudrait +12,5 % de volume pour le même effet — avec les coûts logistiques et commerciaux en plus. L'asymétrie joue aussi en défense : une remise de 5 % « pour conclure » exige +14 % de volume pour être compensée (à 40 % de marque). D'où la règle PME : défendre le prix pied à pied, lâcher plutôt un service périphérique (délai, formation) dont le coût marginal est faible.

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